Visite Centre Songhaï à Porto-Novo
Bonjour à vous tous,
C'est la fête ici en ce samedi matin. Déjà autour de 9h les caisses de son louées par notre voisin (un haut gradé de l'armée Béninoise et donc très bien nanti) crachent une musique d'ambiance de fête. C'est pas désagréable car ça fait une mèche que j'ai pas entendu de la bonne musique produite par des caisses et un système de son efficace, qui ne distorsionne ou ne griche pas sans cesse... à mon grand bonheur. C'est vendredi soir que je me suis fait expliqué par ses gardes de la maison qu'ils sont à préparer la fête de la Dame du colonnel... ils étaient entrain d'ériger des chapitaux empiétrant sans gêne sur le terrain de notre villa, sans demander en premier lieu. Devant le fait presqu'accompli, on avait rien à dire.
Retour sur la semaine, chargée comme à l'habitude. Les cheveux m'ont dressé sur la tête cette semaine (pour ce qui m'en reste). En effet, lors d'une formation sur l'approche Genre et Développement (GeD) donnée par une spécialiste en la question chez Oxfam, Sabine, nous en avons appris beaucoup sur le système social Béninois... il y a pas toujours de quoi sourire! Beaucoup de parenthèses, d'explications et appuyés par des textes de journaux récents, il y a beaucoup à réfléchir. Les questions de la prostitution, de la polygamie, la corruption, les relations homme-femme, l'état Béninois, les présidentielles en préparation, etc. Je vous épargne les détails, réservés pour les conférences à venir lors de mon retour (détails aussi à venir).
En dépit de cela, il y a de très bels exemples de réussite au Bénin. Il mérite d'en parler, de les appuyer et de les promouvoir. Un autre bel exemple que j'ai visité de vendredi dernier est celui du centre Songhaï, centre de promotion et de formation en matière d'agriculture et d'élevage. Le centre a démarré ses activités en 1987 à Porto-Novo par le frère Godfrey Nzamujo, un missionnaire d'origine Nigérien qui a longtemps séjourné aux États-Unis. Ce personnage, suivant une sagesse, a mis de côté ses ambitions pour se consacrer à l'avancement des pays Africains, aux prises avec de graves problèmes alimentaires à l'époque. Avec ses observations, il en a déduit que le problème n'est pas celui d'une terre infertile, stérile mais plutôt de celui d'un manque de connaissance en matière d'agriculture. Il s'est donc donné comme mission de trouver les connaissances, de les mettre en pratique et de les enseigner à une population désireuse de s'en sortir. Après avoir été fortement confronté à une résistance culturelle et politique de l'époque, les petits succès se sont accumulés et la démonstration fût complète. Le nom de Songhaï est synonyme de réussite et jouit maintenant d'une reconnaissance nationale, autant auprès de la population que des instances politiques. Cela ne signifie cependant pas qu'aucun problème ne subsiste.
Donc, nous étions convié à prendre part à la découverte de Songhaï en débutant par la production de savon d'une part et de jus de mangue (très populaire et délicieux) d'un autre. Je n'ai malheureusement pas les chiffres sur les ventes de Songhaï avec ces deux produits, mais en voyant les moyens mis en place et la capacité de production, c'est significatif. Certes, la fabrication de ces deux produits utilisent des moyens limités et artisanaux. Mais combien intéressant à découvrir.
J'étais ce matin-là dans le groupe de production des savons. Un mélange principalement d'huile de palmiste, soude caustique et quelques autres produits dont le parfum constitue les ingrédients de base. On y incorpore ensuite les produits qui introduisent les vertus des savons: beurre de karité pour un savon doux, moussant; un jus de carotte pour des propriétés dermatologiques; de l'huile de neem aux propriétés antiseptiques.
La recette est assez simple en mélangeant dans l'ordre les différents produits, on brasse jusqu'à consitance épaississante et on verse dans de grands moules qui produisent jusqu'à 45 barres chacuns. Puis attendre 3 heures pour que la réaction s'achève et que le savons durcissent avant de découper en barre et d'appliquer le "label". Nous avons fait les trois types de savons mais n'avons pu repartir avec notre production (dommage). La cure du produit durera encore jusqu'à 24 heures avant d'être emballé et mis en vente. Un grand Merci à Mme Jeannine pour ses enseignements et démonstrations, elle accompagne les étudiant(e)s du centre à diverses pratiques de l'agriculture.
D'un autre côté il y avait le production de jus de mangue. Une fois la mangue brossée et pelée mécaniquement, sa chair est récupérée pour être bouillie dans une grande marmite à laquelle on ajoutera un sucre de canne. Le tout est ensuite transvasé manuellement et un à un dans les bouteilles qui seront capsulées. Les lieux sont assez hygiéniques et il y a un minimum de précautions comme l'obligation de retirer nos chaussures avant d'entrer dans les lieux, questions de conserver la salubrité. Les étapes subséquentes seront déterminées si le produit est vendu à l'extérieur du centre ou consommé sur place: un label identifiant le produit y sera apposé ou non....
Après cette introduction à une production de la ferme, nous avons été reçu par le directeur (son nom m'échappe, malheureusement), pour aller faire une tournée du site et des installations, explications incluses. Il est intéressant de constater comment le centre intègre une approche de durabilité et de qualité dans ses méthodes. Il tente aussi l'innovation dont nous avons été témoin: la production de riz Africain, fruit d'une recherche récente qui a permit de faire pousser du riz dans les conditions africaines: terres sablonneuses, chaleur, soleil et un minimum d'eau. Une sage idée puisque le riz est actuellement un produit d'importation originaire des pays asiatiques. Si ce produit pouvait compétitionner et même remplacer les importations, la dépendance pourrait être réduite et ainsi être encore plus auto-suffisant et combattre une possible famine.
Le Centre Songhaï acceuille 3 cohortes de 30 jeunes agriculteurs pour une période de 18 mois, sélectionnés par un rigoureux système de concours. Ces jeunes résident sur le site et sont responsabilisés tout en apprenant l'ensemble des méthodes et pratiques en agriculture. Ils sont incités à développer leurs méthodes pratiques, la théorie étant minimale, en visant à les rendre autonomes et prêts à créer leur propre entreprise de culture agricole. Les finissants sont incités à former un partenariat producteur-transformateur avec le Centre. Une belle initiative car le Centre détenant la capacité de transformation mais non celle de toute la production, elle doit trouver moyen d'arriver face à la demande grandissante. Le Centre se sert aussi de ce levier économique pour élargir ses horizons et se développer davantage. Ainsi est la philosphie de son fondateur et instigateur, toujours en place. Le centre produit avec des approches bio et des aspects de développement durables les produits de la terres: fruits et légumes, mais également les produits d'élevages: porc, poulet et poisson. Elle dispose en effet de ensemble de 85 bassins de pisciculture dont les méthodes d'engraissement sont tout aussi géniales que productives. Les pelures des mangues, rejet de la production de jus de mangue, sont utilisées pour attirer des tonnes de mouches qui les consomment et y déposent leurs oeufs. On récolte ensuite ces oeufs qui servent alors à nourrir les poissons des élevages. Bel exemple de continuité!Il est intéressant de mentionner ici une réalité du Bénin dont le Centre a trouvé moyen de solutionner en attendant les changements dans la culture de la société: la place des femmes. Celle-ci est limitée et très difficile en matière agricole de production. En effet, les terres sont légués de père en fils et rarement (voir jamais) de père en fille. La raison est qu'il est encore très probable que si la fille hérite d'une terre, sa famille risque de perdre cette terre au profit du (présent ou futur) mari de cette femme... ainsi la génération actuelle qui cède sa terre à une fille y est très réticente dans cette condition où l'assurance de continuer à pourvoir à la famille de première instance ne sera plus. Le Centre a donc misé sur la formation des filles à la production et transformation des produits. Ainsi elles participent à préparer une panoplie de produits Songhaï: biscuits, jus, sirops, savons, production de farines diverses, transformation des produits d'élevage, etc. Non réservé exclusivement aux filles, les garçons y sont aussi initiés.
Le site de Porto-Novo est le centre principal au Bénin, d'une superficie de 16 hectares, elle sert principalement de site expérimental et d'enseignement. Les sites de Savalou et de Parakou ont respectivement 400 et 250 hectares, offerts par le gouvernement qui a été convaincu des bénéfices qu'apporte un tel centre d'expertise sur son territoire. Les enjeux politiques deviennent aujourd'hui multiples et très intéressants me raconte en privé le directeur à la fin du tour de visite.
Enfin, le Centre complète sa mission éducative en offrant des services de crédit aux jeunes entrepreneurs. Ce secteur d'activité a longtemps souffert d'un important problème de bon rentabilité jusqu'à l'arrivé de coopérants canadiens, Jean-Guy et Claudette, retraités et originaires de Varenne. Jean-Guy expose le constat où le secteur agricole représente 64% de l'économie du Bénin alors que l'on y accorde seulement 2% en prêts à ce secteur. Il n'est donc pas surprenant de voir des agriculteurs amaigris utiliser des moyens si artisanaux pour travailler leurs terres. Depuis l'instauration d'une politique de crédit et d'une méthode d'évaluation en plus d'une ouverture non limitée aux finissants du centre de formation, la santé du micro-crédit a grandement été améliorée. Plus de 50 crédits ont été accordées en 2005 sur une demande de 350. Les chiffres vont de 800K FCFA à 10M FCFA (1800$CDN a 22K$CDN). Jean-Guy et Claudette achèvent cependant leur projet de coopération en avril 2006... qui sont les intéressés à poursuivre et développer le volet de la caisse d'épargne?
Alors, voilà une fois de plus un exemple de volonté et de coopération très intéressante du Bénin. J'ai eu la chance de discuter "hors-ligne" avec le directeur (M. Guy Nokoué) sur sa vision actuelle et future... il est évident qu'il y a des problèmes à régler, mais la situation reste positive pour l'avenir.
Ne pas manquer le site web du Centre Songhaï: www.songhai.org
La semaine prochaine marquera le début du dernier quart du temps de stage... c'est un sprint car les travaux sont encore inachevés pour ma part et le signal des rapports et articles sera bientôt donné, n'allant pas alléger la tâche.
Sur ce, portez-vous bien, je pense à vous tous, à très bientôt!!

1 Comments:
Salut Yanick,
Pour le " Nous avons fait les trois types de savons mais n'avons pu repartir avec notre production (dommage)" tu t`est fait passer un savon !!!
Alors ton périple s`achève, tu vas avoir une tonne de photos à ton retour et des histoires enrichissantes à raconter.
Le temps passe vite quand on a du fun !!! , en tout cas c`est ce qu ils disent. A+
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